Lusopholie

Lettres, poésie et musique lusophones

l’assaut

Classé dans : - époque contemporaine,littérature et culture — 12 février, 2007 @ 1:50

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Venus de la ville, les policiers et les gardes se préparent à l’assaut. Trois d’entre eux gravissent la colline avec une mitrailleuse. Au loin, on voit des groupes épars de paysans que la garde à cheval, courant d’un côté à l’autre, empêche d’approcher.
- Vous avez vu, père ? Rendez-vous ! … Ne vous faites pas tuer !…
- J’ai vu, oui !
Palma se dirige vers le banc de pierre sur lequel sont posées les cruches. Il emplit une bassine à ras bord, se plonge la tête dedans et la secoue. Sous sa chemise, l’eau ruisselle sur sa poitrine et son dos.
- Eh, Palma ! appelle quelqu’un, rageusement, du dehors. Rends-toi ! Rends-toi tout de suite, sinon ça sera pire pour toi !
Le visage creusé de rides, Palma se frotte les yeux. En boitant, il prend son fusil, et approche la bouche de la fente de la porte.
- Venez me chercher !
Amanda Corrusca lui touche l’épaule.
- Ecoute-moi, commence-t-elle, d’une voix rauque et lasse. Ta fille… ce qu’elle dit… Oui, moi aussi je pense la même chose. Qu’est-ce que tu peux faire, seul contre autant ?
Mais une vois résonne, lointaine. Palma guette.
Descendant la pente, un officier se dirige vers la colline. Sous ses ordres, répétés durement, les gardes retirent la mitrailleuse. Ils s’éloignent tous vers l’autre côté de la combe. Un mouchoir blanc en guise de drapeau, l’officier s’avance sur le sentier bordé de cistes, et s’arrête près du seuil.
Le visage marqué, brun de peau, regarde calmement la porte fermée.
- Rendez-vous, Palma. Sortez de là, je vous emmène à la caserne. Je vous donne ma parole d’honneur que personne ne vous touchera.
La voix de Palma crie, de derrière la porte :

- Je ne me rendrai pas !
L’officier fronce les sourcils.

– C’est ce que vous voulez ?
– Oui !
– Alors, laissez au moins sortir les vôtres.
On entend la barre glisser dans ses appuis. La porte s’ouvre, et Palma apparaît, le fusil à la main. Les deux hommes se toisent, s’examinent lentement.
– Bento ! appelle Palma. Viens ici !
Lorsque son fils s’accroche affectueusement à ses jambes, sa tête tremble. Il se met à passer les doigts dans les cheveux blonds.
– Le pauvre petit, le pauvre petit…
– Ma’ … balbutie Bento, heureux et réconcilié, oh, ma’ !
– Bon, bon… Va avec ta sœur… elle va t’emmener.
Les sanglots de Mariana le brisent. Ils tombent dans les bras l’un de l’autre.

 

- Sauvez votre vie ! Rendez-vous, père ! Je vous le demande sur ce que j’ai de plus sacré !…
- Non. Je suis un criminel ! Ils ont tout fait pour que j’en arrive là, ne l’oublie pas !

Il l’écarte de lui. Mariana perd l’équilibre, défaillante. L’officier la soutient. Il l’emmène de l’autre côté de la cour, en tenant Bento de sa main libre.
Lorsqu’il a refermé la porte, Palma découvre Amanda Carrusco au fond de l’âtre.
– Encore là, femme ?
– Je reste, dit-elle d’une voix rauque, durcie. Je veux rester avec toi.
– Je ne vous comprends pas… Tout à l’heure, vous pensiez que Mariana avait raison.
– Et je le pense toujours. Je le pense toujours, même si ce n’est pas ce qu’elle voulait dire. Ce n’est pas pour tuer qu’elle soutient qu’on doit s’unir, c’est pour qu’on puisse vivre. Tous unis pour pouvoir vivre, tu comprends ? Mais… il t’est arrivé ça, et je reste. Je pourrai t’aider, tu ne seras pas tout seul.

 

Manuel da Fonseca, Seara de vento, 1958

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