Lusopholie

Lettres, poésie et musique lusophones

Persuasion

Classé dans : - époque contemporaine,littérature et culture — 1 avril, 2007 @ 9:03

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The Sowers, Thomas Hart Benton, 1942

- Walser, j’éprouve pour vous de la sympathie, je le répète, j’éprouve pour vous, de manière irrationnelle, une sympathie qui risque de m’être nuisible.
C’est pourquoi je veux vous dire rapidement ce que je viens faire ici. J’ai des renseignements importants. Je vous conseille d’oublier votre partie de dés, demain, chez votre bon ami Fluzst. Il y a des amitiés gênantes, mon cher, mais c’est le cœur qui décide – comme disent nos bons romantiques – pas nous. Eh bien, c’est le moment de mettre en action d’autres organes, si je puis m’exprimer ainsi. Il n’est plus temps que nos viscères intuitifs assument la responsabilité de nos actes. La tête, Walser, nous sommes dans une période où la tête est importante. Gardez-la en haut de votre organisme, vous comprenez ? En haut. Dans les époques troublées la hiérarchie devra être maintenue à tout prix : et la tête, vous avez déjà dû le remarquer, j’en suis sûr, a été située, dans l’organisme, en un endroit, si l’on peut dire, privilégié. En haut, vous comprenez ? Au sommet. […]

 

 

 

 

 


Eh bien, voilà l’information, encore une fois ; une information extrêmement importante : demain, samedi, oubliez votre partie de dés ! Demain soir Fluzst va être arrêté. C’est un homme qui s’est malencontreusement fourré dans les ennuis.
Je sais que Fluzst est votre ami, ou quelque chose comme ça, je ne vous en connais, d’ailleurs, pas d’autre, vous n’êtes pas une personne facile, il faut le reconnaître, vous vous êtes fait peu de relations. Nous sommes tous du même monde et de la même éternité, si je peux me permettre d’employer ce mot, nous devrions mieux nous connaître. Peut-être ainsi éprouverions-nous de l‘amour les uns pour les autres, qui sait ?.
Il vous reste une journée, assez de temps pour sortir d’ici et prévenir Fluzst. Ou alors, vous pouvez suivre mon conseil : demain, oubliez la partie de dés. […] Inutile de dire que l’information que je vous donne est totalement secrète, même votre adorable épouse ne doit pas savoir. Je considère ceci comme un moyen de tester votre personnalité. Vous avez un jour entier, plus de vingt-quatre heures devant vous, pour montrer vos convictions et votre intelligence. Je vous tends de nouveau ma main droite, tendez-moi donc la vôtre. Mon cher Walser, je compte sur vous.

Gonçalo M. Tavares, A máquina de Joseph Walser, (Livros pretos), Caminho, 2004

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3 commentaires »

  1. stephane dit :

    Encore un excellent choix de texte, à mon avis.
    En espérant que Gonçalo Tavares qui est déjà publié hors Portugal le soit rapidement en France.
    Stéphane

  2. Nikola dit :

    J’approuve complètement l’appréciation de Stéphane. Je ne connais pas Gonçalo Tavares mais ce texte-là donne incroyablement envie d’en connaître la suite, et éventuellement d’autres d’ailleurs!
    Joseph Walser ira-t-il ou non disputer sa partie de dés avec son ami, son unique connaissance, Fluzst?
    Nikola…

  3. stephane dit :

    Après vérification, il existe un livre de Gonçalo Tavares disponible en français, « Monsieur Valéry » publié par un éditeur suisse, « La joie de lire ». Je ne connais pas ce texte, mais il fait partie d’une série en six volets intitulée « O bairro » (« Le quartier ») et dont j’ai lu un livre « Monsieur Calvino », un petit bijou d’humour absurde, de logique déroutante… le tout avec une fausse ingénuité délicieuse.
    Stéphane

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