Nuit électrique
Piet Mondrian, Pommiers en fleurs
C’est une nuit d’apparat. La lune de corail s’élève de derrière la montagne d’os, puis dans l’échancrure des créneaux. Encore des fleurs – toutes les branches fleurissent. On sent, on entend presque, la douleur des arbres, des êtres végétatifs, de devoir se hâter, modifier leur vie lente, éparpillés en tendresse.
- Je l’ai perdue, j’ai perdu la vie ! je l’ai oubliée comme tout le reste. Je l’ai perdue, et deux jours de plus et j’aurais supprimé la mort !
Sous le fluide électrique le jardin passe une nuit blanche. Il tombe de la neige et les premiers boutons s’ouvrent. L’arbre se transforme en un être meurtri et splendide – il se transforme en rêve – en rêve répandu en fleur, en fleurs comprimées les unes derrière les autres par couches successives. Des branches pressées coule de la douleur. Jusqu’aux pierres dont sourd de l’encre. Le rêve coule du jardin comme de l’âme de Gabirou. Ils se risquent et réveillent les choses pourries, les vieilles pierres trompées se mettent à chanter de ce chant triste du crapaud, qui sort de la laideur comme une inutile plainte de malheur. La nuit concave et blanche – glacée – recouvre tout cela avec indifférence. Que ne recouvre pas la nuit ? Quatre murs noirs, au fond remue le rêve. Je perds aussi la notion de la réalité.
- Toutes ces fleurs !
- Pour sa tombe.
Et posant sur moi des yeux étonnés :
- Ce qu’il faut, c’est aller les chercher au fond du désordre, les arracher à l’obscurité, joindre de nouveau les bouches éparses. Ne pas mourir n’est rien : je vais les ressusciter…
Raul Brandão, Húmus, première édition 1907




la vague
_________
c'est comme ces adieux lancés sur la route bitumée d'étoiles, vers laquelle on s'avance mélancoliquement humble avec dans les pensées cette paisible nonchalance qui illumine parfois nos visages, ' le cur du temps' vient caresser tes sens que c'en
est magistral, puis soudain il y a dans l'air atone des passages aphones que j'emprunte en apnée les doigts crispés sur le fil d'ariane tressé d'anémones, là dans les profondeurs abyssales des chants cétacés ma vague déferlante vient fracasser ton corps d'épousée.
_____














