Lusopholie

Lettres, poésie et musique lusophones

assez

Classé dans : - époque contemporaine,littérature et culture — 24 février, 2008 @ 7:14

mabeco.jpg

Mabeco (Lycaon pictus)

Tout le monde sait déjà comment cette histoire va se terminer.
Permettez-moi, cependant, la tentative (certainement grossière) qui va suivre de rendre inhabituels les lieux-communs avec lesquels, faute d’un plus grand talent, je suis obligé de composer cette narration :
Noémia, le jour où ce récit commence, refusa de faire l’amour avec son mari, contrariant une pratique (une tradition ?) de plus de dix ans. Au bord de l’apoplexie, elle hurla :
- J’en ai assez, tu entends ? Assez !
De quoi en avait-elle assez ?
- Tu le demandes, espèce de salaud ? Tu as le culot de le demander ?
Je résume la révolte de Noémia : elle en avait marre d’être utilisée, comme un simple objet sans valeur, marre qu’il n’écoute jamais son avis (à elle), marre de ne faire que ce qu’il voulait, de devoir ouvrir les jambes chaque fois que ce mec avait envie de la baiser, marre, marre, marre.
Explosion inattendue. On sait que, après, Carlos resta à la fixer (je parle de la femme qu’il avait devant lui et que, subitement, il ne connaissait plus) comme un véritable imbécile, les genoux appuyés sur le lit, la bouche ouverte de stupeur, les bras ballants le long du corps, le sexe abruptement ramolli pendouillant entre ses cuisses. Une obscurité soudaine et visqueuse le priva lentement de la vue.

Premier flash-back

Lorsque Carlos l’avait rencontrée, Noémia avait peur des margouillats. Elle rêvait régulièrement de margouillats couverts de poils. Ses parents, extrêmement sévères, ne la laissaient pas sortir avec des garçons, « à moins que ce soit un fils de bonne famille ». Carlos était l’une de ces exceptions. Non, je ne vais pas énumérer les caractéristiques qui faisaient de lui, soi-disant, un « fils de bonne famille. » S’il n’est pas absolument interdit ( ?) au narrateur de prendre parti, je dirai simplement : il s’agissait, en réalité, d’un fils de pute. Il avait commencé, celui-là, à emmener Noémia au cinéma. Ensuite, il lui avait appris à danser. Finalement, le Grand Séducteur avait eu ce qu’il traquait, avec la persistance d’un mabeco galeux, depuis le premier instant : il l’avait dépucelée brutalement, par une nuit sans lune, et, par-dessus le marché, debout, appuyé au mur de la maison, en revenant d’un bal au club sportif. Noémia pleura comme une damnée, quand elle vit l’ignoble tache écarlate du péché gravée dans sa petite culotte. Carlos la secoua : « Espèce d’arriérée ! Tu laves cette saloperie vite fait dès que tu rentres ! Tes parents ne s’en apercevront pas… » avait -il hurlé. Elle avait avalé les hurlements par ses yeux en sang.

João Melo (Angola), « O criador e a criatura », in Imitação de Sartre e Simone de Beauvoir, Caminho, 2° ed, 1999

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6 commentaires »

  1. jos du livrophile dit :

    João Melo, c’est du grand… J’aime beaucoup, merci de continuer à nous traduire ces morceaux choisis ;)

  2. lusina dit :

    En effet, Jos, son style est tellement particulier… on a même l’impression qu’il est simple ! Un conteur qui aborde des sujets inhabituels pour un conteur.

  3. gmc dit :

    ACCES AUX SOINS

    Une tache de sang
    Comme l’ombre d’un enfant
    Qui se prend pour un roi
    En oubliant père et mère
    Dans ses contes fantastiques
    Les légendes naissent
    Des paroles et silences
    De la mère
    Qui tient dans ses yeux griffus
    Les clés de l’armoire à pharmacie

  4. nina dit :

    une découverte de plus !

    merci Lusina.

  5. lusina dit :

    C’est avec plaisir, Nina ! Les auteurs luso-africains sont si peu connus en France !

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