Lusopholie

Lettres, poésie et musique lusophones

funérailles de star

Classé dans : - époque contemporaine,littérature et culture — 24 février, 2009 @ 9:05

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Carnaval à Bahia, place Castro Alves

On n’avait jamais vu une chose pareille à Bahia : le cercueil que Tuta avait fait faire était entièrement en verre, comme celui des héroïnes de contes de fées. Allongée sur une couche de soie ivoire, toute de blanc vêtue, un bandana bleu ciel, la couleur de Iemanjá, lui couvant le front, Sirène était prête pour son dernier spectacle, elle semblait sourire.
A trois heures de l’après-midi le cortège funèbre quitta la place. En haut d’un char entièrement blanc, sans ornements, sans son ni lumière, entouré de drapeaux blancs et bleu ciel, le corps de Sirène sortit de la place Castro Alves sous une ovation triomphale. Encerclé par la foule, il commença le long parcours qui traverserait la ville jusqu’au cimetière de Jardin du Regret. A côté du cercueil, un seul homme en haut du char, le légendaire percussionniste Neguinho do Samba, qui marquait le lent rythme funèbre sur un énorme tambour maracana. Au long du trajet, Neguinho serait remplacé par Carlinhos Brown, Gustavo de Dalva, Monica Milliet et d’autres grands percussionnistes bahianais qui se relayaient pour un dernier hommage à Sirène. Par où passait le cortège la ville se taisait, on n’entendait que ce battement grave, un long, un court, comme un cœur. Sur les trottoirs, dans les rues, aux fenêtres, le peuple ovationnait sur son passage le corps de la reine de la joie. Tombant des fenêtres, des pluies de pétales de roses coloraient la blancheur du char funèbre. Tout de suite derrière, à côté de moi dans la voiture, pour la première fois, Mara pleurait discrètement derrière ses lunettes noires.

 

Le Jardin du Regret se trouve en haut de la colline de Brotas, d’où l’on a une magnifique vue panoramique de la ville. On n’y voit ni tombeaux ni mausolées, juste de grandes surfaces de pelouse où, au milieu des arbres et des fleurs, sont gravés sur de petites pierres tombales le nom, les dates de naissance et de mort de l’occupant. Dans une ambiance bucolique, des constructions basses abritent un ossuaire, un crématorium, des salles de veillées, un héliport, tout y est moderne et confortable, tout a été conçu pour qu’on se sente le moins possible dans un cimetière.
Les forces de police n’ont pas pu, ni osé, retenir la foule, qui occupait pacifiquement l’endroit. Mara avait tout essayé, mais elle n’avait pas réussi à l’éviter : sur la pelouse drue, sous une chaleur étouffante, le gouverneur Juracy Bandeira prononcerait quelques mots. Une tente verte et blanche avait été montée sur la tombe ouverte ; à côté du cercueil, avec sa voix de baryton et ses gestes exubérants, le vétéran des hommes publics discourut en pur baroque bahianais durant quinze minutes. Il salua Sirène comme la synthèse de la bahianité dans une artiste populaire, son lien avec le peuple d’où elle venait et dans les bras duquel elle avait été portée en gloire à sa dernière demeure, il parla de la douleur incommensurable causée par la perte d’une amie personnelle, d’un exemple pour ses filles, pour les filles de Bahia, de l’exemple de la citoyenne qui avait participé activement à toutes les actions publiques pour lesquelles on l’avait sollicitée…

Nelson Motta (Bahia) O Canto da sereia, 2002, Asa 2005

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