Arrière-pays
Berger dans la Serra de Monchique (Tissu appliqué d’Evelyne Régnaut)
J’ai fait quelques fois, ou tenté de refaire, ce chemin. D’abord, à une époque où il conservait les caractéristiques du temps où mon ancêtre l’avait parcouru : des chemins de terre bordés de murs dont étaient encore jointes les pierres où, en ce chaud mois d’août, se cachaient des geckos et des lézards surpris par le passage d’étrangers ; des maisons perdues dans un arrière-pays totalement isolé, d’où guettaient des visages de vieillards ou d’enfants effrayés par cette intrusion dans leur solitude, comme si personne n’avait jamais risqué cette aventure dans une campagne où seuls les oiseaux étaient pleinement libres dans leur vol ; des meutes de chiens errants, qui, eux aussi sans raison apparente, surgissaient en aboyant sur notre passage. Ensuite, beaucoup plus tard, les chemins ont été élargis, et nombre d’entre eux, même, goudronnés ; les maisons ont poussé sur leurs bords, et leurs habitants sont déjà étrangers à la mémoire des lieux, ignorant tout de ce qui a pu se passer ici, ne sachant rien des événements anciens, comme cette mort d’un homme en pleine forêt, en un lieu où la dernière chose qu’on imaginerait, c’est que quelqu’un, par une après-midi d’août, ait pu être surpris par un tir d’arquebuse à bout portant.
Nuno Júdice, L’ange de la tempête (O anjo da tempestade) , La Différence, 2006


la vague
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c'est comme ces adieux lancés sur la route bitumée d'étoiles, vers laquelle on s'avance mélancoliquement humble avec dans les pensées cette paisible nonchalance qui illumine parfois nos visages, ' le cur du temps' vient caresser tes sens que c'en
est magistral, puis soudain il y a dans l'air atone des passages aphones que j'emprunte en apnée les doigts crispés sur le fil d'ariane tressé d'anémones, là dans les profondeurs abyssales des chants cétacés ma vague déferlante vient fracasser ton corps d'épousée.
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