Lusopholie

Lettres, poésie et musique lusophones

Jour de fête

Classé dans : - époque contemporaine,littérature et culture — 17 mai, 2009 @ 9:11

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Praça do Comercio, Lisbonne

Traverser un patrimoine national est toujours un honneur sinon un plaisir – la plus belle place, le carré le plus parfait d’Europe, bordé par le plus grand bourbier artificiel de la capitale.  » Ça sent la marée ! » – disaient les plus délicats, inspirés par leur traditionnel patriotisme. Ce jour-là, pour quelque obscure raison, l’allégresse, les cris et les exclamations, l’enthousiasme et le désespoir – une agitation malsaine – faisaient que le passage était difficile pour aller prendre le bateau.
Un groupe populaire répétait une farce sur la démocratie. Á côté, il y avait un concours d’aptitudes et de compétences citoyennes. Tout le monde parlait trop fort de la liberté, de la justice ou de choses de ce genre, et on ne comprenait rien – circonstance qui augmentait l’intérêt de la foule, mais aussi des intellectuels, des salariés et des chômeurs. Même les mendiants trouvaient cette cacophonie très divertissante. Un artiste plastique expliquait avec un grand enthousiasme et une grande satisfaction le sens métaphorique, ou symbolique, ou autre, d’une sculpture – une allégorie de la démocratie. Près de lui, une statuette d’argile qui tenait à peine debout, un bizarre symbole de la liberté, totalement difforme, évoquant, comme on l’aura compris, l’expansion jusqu’à l’excès, mais qui pour cette raison précisément était de dimensions très discrètes (finalement c’était une tôle rouillée qui imitait l’argile, en pas tout à fait deux dimensions, et qui faisait allusion à une lente fonte et un amincissement constant, – c’est-à-dire à une croissance inéluctable de sa fragilité et sa disparition, dues à l’érosion et l’usage réduit qui en était fait. D’ailleurs, seul un œil averti, entraîné et patient aurait pu s’attarder sur sa surface. Un individu grand, un peu triste, expliquait à une groupe d’amis que la démocratie représentative était une démocratie oligarchique mais que cependant il n’y avait rien de mieux, et blablabla, etcetera.
Le tohu-bohu rapprochait jusqu’à un certain point les classes et les espèces – il y avait des chiens, des pigeons, quelques chèvres, une ou deux vaches corpulentes et d’autres animaux. Juste un chat qui était indifférent aux spectacles, mais qui, attentif, faisait profil bas.

Dimíter Ánguelov, Longe da espécie, inédit.

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