Lusopholie

Lettres, poésie et musique lusophones

monde cubique

Classé dans : - époque contemporaine,littérature et culture — 9 septembre, 2009 @ 6:56

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- Imagine quelque chose que personne ne peut imaginer : le monde en forme de cube, sans dimensions réelles.- Ce que l’on imagine n’a jamais de dimensions réelles – dis-je, pour tenter de donner plus de légèreté à une aussi grave question, mais sans succès.

- Parfois je me sentais au centre de ce cube infini, comme un point, sans consistance. D’autres fois sur l’un des points supérieurs, ou en train de marcher le long du précipice, totalement vertical…
Et il trembla, bien que concentré à l’extrême pour ne pas perdre l’équilibre.
- D’autres encore, j’étais au pied de la base de ce cube : je m’éloignais d’un centième de millimètre pour tourner le coin et observer l’autre face. Il n’y a rien de plus pénible dans une vie humaine, tu sais. Une curiosité violente, écrasante. Et une certitude cruelle, une rationalité impie, une lucidité destructrice, qui me révélaient immédiatement l’absurde de cette intention : confirmer ce que la raison devinait avant même de percevoir une quelconque géométrie. Et lever les yeux et voir comment la hauteur elle-même disparaît et se fond dans le néant, ou alors voir un point du support de ce cube idéal, appuyé par notre imagination. La ligne droite ! Je l’ai sentie comme un fil télégraphique sur lequel mes neurones-hirondelles étaient posés, mais séparés par une distance, comme si chacun d’entre eux était unique sur cette ligne pétrifiée. Une ligne droite à l’intérieur d’un corps solide ! Tu as déjà imaginé le diamètre de ce cube ? Il n’y a pas de mirage plus usant. Tu ne sens pas cette douleur insupportable ?
- Il n’y a pas de douleur insupportable ! C’est un fantasme. La douleur et la mort alternent.
- Peut-être qu’elles alternent parce que la douleur ne sait rien de la mort. Imagine maintenant une ligne droite divisée ! Y a-t-il une image plus horrible ? La ligne divisée entre les deux faces d’un cube !
- Passe de ce côté. N’aie pas peur. La division est presque invisible. Nous sommes déjà de l’autre côté du cube. J’ai été content de te rencontrer.

Dimíter Anguelov, Trinta contos até ao fim da vida, &etc, 1998

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