Lusopholie

Lettres, poésie et musique lusophones

scrupules

Classé dans : - époque contemporaine,littérature et culture — 6 octobre, 2009 @ 7:57

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Gil, distrait, dit :
- Je n’en ai pas la moindre idée.
-Mais vous êtes médecin ! Sinon, je ne me serais pas donné la peine de venir jusqu’ici.
Gil condescend :
- Que voulez-vous que je vous dise ? Qu’un corps hissé par cette machine aurait les os des bras démis, les omoplates et les clavicules déplacées de manière irréversible ? Que les déformations provoquées par ces poids – il montre le dessin – outre qu’elles entraîneraient une agonie horrible, désarticuleraient le squelette et que la mort finirait par survenir au bout de quelques heures ?
Le dominicain fronce le sourcil :
- A entendre votre ton, je n’ai pas l’impression que vous approuviez beaucoup.
Gil Rodrigues hausse les épaules pour montrer son désintérêt. Il regarde l’un des vitraux qui se trouve à la droite de Jusino.
[...]


Gil se contente de commenter :
- Je n’ai pas encore réussi à comprendre si l’intention est seulement de provoquer la souffrance, et la mort, ou de stimuler la mémoire, sans dommages, pour que les victimes confessent leurs crimes et dénoncent leurs complices.
- Bon … Qu’il y ait quelques dommages, c’est normal… Bien que, dans cette phase de l’opération, il ne soit pas conseillé que la mort survienne ! s’enthousiasme Léonard. Ecoutez, tout ceci est le résultat d’une idée qui m’a illuminé après que j’ai assisté à de nombreux interrogatoires d’hérétiques, de sorcières et de schismatiques.
Gil hoche la tête, sérieux :
- Moi aussi j’y ai assisté, l’Inquisiteur apostolique est venu ici chez moi préparer l’un de ces procès, et on n’a jamais parlé d’appliquer la torture quelle que soit la circonstance.
- Ah ! Vous parlez du procès de cette hérétique relapse, Idouane de Montalban, princesse des cathares et fille du démon !
Gil ne répond pas. En fond, Idouane le regarde avec une expression grave, de grande tristesse.
Le frère Leonardo poursuit :
- Elle a été brûlée vive et réduite en cendres sur la place du monastère de Sainte Madeleine, sur le bord de la Seine. Tout le peuple était là, et toute la Cour. Le roi de France lui-même, et la reine, n’ont pas manqué de venir s’y montrer. Il y avait longtemps que je n’avais pas vu un cortège royal aussi magnifique.

António de Macedo, As furtivas pegadas da serpente, Caminho, 2004

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