Plan

Je travaille le poème sur une hypothèse : l’amour
qu’on verse dans le verre de la vie, à moitié, comme si
on pouvait le boire d’un trait. Au fond,
comme la lie, il laisse un goût amer dans la
bouche. Je me demande où est la transparence du
verre, la pureté du liquide initial, l’énergie
de qui cherche à vider la carafe ; et la réponse
ce sont ces tessons où on se coupe les mains, la table
de l’âme souillée de restes, de mots épars
dans la lassitude des sentiments. Je reviens, alors, à la première
hypothèse. L’amour. Mais sans le dépenser tout d’un coup,
attendant que le temps emplisse le verre jusqu’en haut,
pour pouvoir le lever à la lumière de ton corps
et voir, à travers lui, ton visage entier.
Nuno Júdice,Teoria geral do sentimento, 1999.


la vague
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c'est comme ces adieux lancés sur la route bitumée d'étoiles, vers laquelle on s'avance mélancoliquement humble avec dans les pensées cette paisible nonchalance qui illumine parfois nos visages, ' le cur du temps' vient caresser tes sens que c'en
est magistral, puis soudain il y a dans l'air atone des passages aphones que j'emprunte en apnée les doigts crispés sur le fil d'ariane tressé d'anémones, là dans les profondeurs abyssales des chants cétacés ma vague déferlante vient fracasser ton corps d'épousée.
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