Lusopholie

Lettres, poésie et musique lusophones

Dans l’autre ? sens

Classé dans : - moyen âge/ XVIème siècle,littérature et culture,Poesie — 21 septembre, 2010 @ 8:30

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Guillaume IX d’Aquitaine

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(Lyrics of the Troubadours and Trouvères, Anthologie de Frederick Goldin, New York University, Anchor, 1973)

Lire la traduction française et la traduction portugaise :

*

Je ferai un vers de pur
ni de moi, ni de personne d’autre,
ni d’amour, ni de jeunesse,
ni de rien d’autre,
il a été trouvé en dormant
sur mon cheval.

Ne sais à quelle heure je suis né
ne suis ni joyeux ni en colère
ni étranger ni intime
et peux m’en chaut
car j’ai été, de nuit, « fadé »(1)
sur un puy haut.

Ne sais quand je suis endormi
ni quand je veille, si on ne me le dit,
pour un peu mon coeur est brisé
d’une forte douleur
je m’en moque comme d’une souris
par Saint Martial.

Je suis malade et je tremble de mourir
et je n’en sais que ce qu’on m’en dit
je chercherai un docteur à mon gré
ne sais lequel :
il sera bon s’il peut me guérir
mais non si je vais plus mal.

J’ai une amie, ne sais qui c’est,
car sur ma foi, jamais ne l’ai vue,
jamais n’a fait chose qui me plaise ou me pèse,
et peut m’en chaut,
car jamais ne vis ni Norman ni Français
dans ma maison.

Jamais ne l’ai vue, et je l’aime fort
jamais ne me fit ni droit ni tort
quand je ne la vois pas, bien je m’en porte,
je m’en soucie comme d’un coq,
j’en connais une plus gentille et plus belle
qui vaut bien mieux.

Je ne sais le lieu où elle est
sur une colline ou dans la plaine
je n’ose dire le tort qu’elle m’a fait
plutôt me tais
cela me pèse de rester là
et je m’en vais.

J’ai fait le vers, ne sais de qui,
je le transmettrai à celui
qui le transmettra à autrui
là vers l’Anjou
pour qu’il me donne de son étui
la contre-clé.

(1) de « fada », la fée ; (enchanté, ensorcelé)

Fiz um poema sobre nada :
Não é de amor nem é de amada,
Não tem sai­da nem entrada,
Ao encontrá-lo,
Ia dormindo pela estrada
No meu cavalo.
*

Eu não sei quando fui gerado:
Não sou alegre nem irado,
Não sou falante nem calado,
Nem faço caso,
Aceito tudo o que me é dado
Como um acaso.
*
Não sei quando é que adormeci,
Quando acordei também não vi,
Meu coração quase parti
Com o meu mal,
Mas eu não ligo nem a ti,
Por São Marcial.
*
Estou doente e vou morrer,
Não sei de qué, ouvi dizer,
A um médico vou recorrer,
Mas não sei qual,
Será bom se me socorrer
E se não, mau.
*
Tenho uma amiga, mas quem é
Não sei nem ela sabe e até
Nem quero ver, por minha fé,
Pouco me importa
Se há normando ou francés ao pé
Da minha porta.
*
Eu nã a vi e amo a ninguém
Que não me fez nem mal nem bem
E nem me viu. Isso, porém,
Tanto me faz,
Que eu sei de outra, entre cem,
Que vale mais.
*
Finda a canção, não sei de quem,
Irei passá-la agora a alguém
Que a passará ainda além
A amigo algum,
Que logo a passará também
A qualquer um.

*

Guilhem de Peitieu, 1071 – 1127, Canção do nada (Vers de dreyt nien,

traduit de l’occitan)

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5 commentaires »

  1. Robert Rapilly dit :

    Si on tape « je ferai un vers de pur néant » dans la fenêtre google, 2 liens seulement renvoient à Guillaume d’Aquitaine, dont le vôtre. Merci à vous, car c’est un texte fondamental, sinon fondateur.
    Ci-dessous retraduction (d’après la VO et son adaptation par Roubaud chez Seghers) de cette oeuvre du « premier troubadour en date et en qualité » (Bernard Delvaille, « Mille et cent ans de poésie française »), Guillaume d’Aquitaine.
    Marcel – ici Martial – Sourdeval, dédicataire, est un contemporain lillois.
    Caractéristiques de l’original que j’ai restaurées, au prix de quelques « trahisons » – traduire c’est trahir, paraît-il – :
    - strophes en 8 8 8 4 8 4 syllabes,
    - rime constante (en -al) des tétrasyllabes (en -au chez Guillaume d’Aquitaine),
    - rime unique des octosyllabes d’une même strophe.
    Tout premiers vers lyriques signés dans une langue moderne, autour de l’an 1100, période cruciale pas seulement en littérature, puisque l’écriture musicale est alors passée du statut d’aide-mémoire à celui d’outil de création, ce qui constitue l’acte de naissance de la composition. C’est à cette rupture que l’on doit pour beaucoup la singularité et la richesse de la musique européenne.
    Notons enfin que…
    « Je ferai un vers de pur rien
    Ne sera sur moi ni sur personne
    … semble appeler en écho à 800 ans de là :
    « Rien cette écume vierge vers »
    de Stéphane Mallarmé.

    Je ferai ce vers de pur rien
    Qui n’est ni d’autres gens ni mien
    Ni de jeunesse ou tendre lien
    À rien égal
    Trouvé d’un sommeil sélénien
    Sur un cheval

    Je ne sais l’heure où je suis né
    Je ne suis allègre ou peiné
    Ni sauvage ni pensionné
    Legs initial
    De nuit qu’une fée a donné
    Du haut d’un val

    Ne sais quand me suis endormi
    Ni si je veille à moins déni
    Guère mon coeur serait puni
    Sans deuil ni mal
    Aussi peu que d’une fourmi
    Par Saint Martial

    Je suis malade et crois mourir
    Selon ce que j’en puisse ouïr
    Qu’un médecin j’aille quérir
    Hasard crucial
    Il sera bon à me guérir
    Sinon fatal

    Mon amie est qui je ne sais
    Jamais ne nous sommes croisés
    N’a rien de plaisant ni mauvais
    Ça m’est égal
    N’existe Normand ni Français
    En mon journal

    Je ne l’ai vue et l’aime fort
    Qui ne m’a fait ni bien ni tort
    Sans différend et sans accord
    Fi d’animal
    D’une autre noble beauté sort
    L’amour total

    J’ignore où ses pénates sont
    Dans une plaine ou sur un mont
    Et je tairai ce heurt profond
    Entracte oral
    Qu’elle ne suive où mes pas vont
    De son local

    Le vers fait par je ne sais qui
    Je le transmettrai vers celui
    Qui le transmettra par autrui
    À Sourdeval
    Qui me transmet hors son étui
    La clé du bal

  2. lusina dit :

    Merci !
    C’est un travail extraordinaire, que je ne me suis pas donné la peine de faire (pour ce poème-là). Le rythme et les sonorités avant tout, vous avez raison. C’est le jeu.
    A propos du texte fondateur, voici ce qu’en dit Frederick Goldin, de l’université de New York :-)
    « Ces textes, bien qu’ils aient bénéficié de la tradition littéraire, n’ont pas de réels antécédents »[...] Qu’ils soient lus ou non, ils n’ont jamais cessé d’influencer la littérature occidentale. »
    Je crois qu’il y a dans la poésie de Mallarmé de constantes allusions aux troubadours – ne serait-ce que le « coup de dés »…

  3. prestini dit :

    bravo pour votre blog !

  4. prestini dit :

    Ce texte est extraordinaire !

  5. lusina dit :

    Merci de votre visite ! ;)

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