Lusopholie

Lettres, poésie et musique lusophones

le silence

Classé dans : - époque contemporaine,littérature et culture — 2 octobre, 2010 @ 7:17

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Le Jugement Dernier, peint entre 1474 et 1484

La mort… La mort est-elle inévitable ? demandé-je tout bas. Et comme la mort est inévitable, comme je suis obligé de me résigner, comme je ne peux la fuir, pour ne pas tout perdre, j’ai inventé l’autre vie. Et en fin de compte qui sait si ce rêve que l’Humanité porte en elle depuis qu’elle a posé le pied dans le monde n’est pas le plus grand de tous les rêves et le seul problème fondamental ?
La vérité, c’est qu’il est têtu. Il ne nous lâche pas et nous l’emportons caché dans la tombe. La vérité, c’est que cela a toujours été notre plus grande aspiration, et que, comme tous les rêves, il devrait finir par se convertir en réalité. Nous avons construit l’univers ainsi, nous pouvons le construire autrement. Il n’y a peut-être qu’un pas… Nous admettons la vie éternelle lorsque nous ne pouvons plus rester dans celle-ci ; mais, au fond, ce que nous voulons, c’est ce même soleil, cette pauvreté, cette douleur, ces illusions broyées et remâchées. Laissez-nous la vie, nous acceptons tout. Il y a ici, pourtant, une erreur primaire. Tu protestes du fond de ton être : la mort est absurde. Il faut couper un nœud qui n’existe pas. Le plus difficile, c’est de passer de l’empire du possible à l’empire de l’impossible. C’est peut-être une question de volonté. La vie est un acte de foi de tous les instants. Ecartons pour de bon cette sueur froide. Il importe peu que ce soit de l’uniformité de la vie ou de la peur de la mort que me vienne cette envie. Je sais que je m’éveille et je crie : – Je n’ai pas vécu ! Je n’ai pas vécu ! Et ma protestation s’élève de plus en plus haut. Je veux recommencer à vivre la même vie ennuyeuse et inutile, je veux recommencer le malheur.
Personne ne le peut avec un tel poids. Il n’y a personne qui le puisse. Dans la solitude, la première chose que je cherche est le petit rien pour oublier la mort. Une minute seul à seul avec l’effroi, parsemé de mondes, qui marche impétueusement dans le silence, dure un siècle et encore un de plus. Je ne peux pas, et toi pas plus que moi, vivre sur le fil d’une épée en regardant le gouffre de chaque côté ; je ne peux pas lutter tous les jours contre cette usure qui m’abîme sans plonger dans l’insignifiance. Et à présent même l’insignifiance m’est impossible. Le silence… Le pire de tout est le silence, et ce qui naît dans le silence, ce que je sens remuer dans le silence…

Raul Brandão, Húmus, première édition 1907

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