Lusopholie

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Une femme de tête

Classé dans : - époque contemporaine,littérature et culture — 4 octobre, 2010 @ 9:34

Une femme de tête dans - époque contemporaine cuecas10

Photo www.brasilyane.com

« J’ai perdu mon pucelage en 1970 ! C’est pour ça que tout le monde m’appelle Chiquinha Septante… Je suis née à Benguela, dans la Baía Farta, mais je suis venue toute petite à Luanda. J’ai d’abord vécu avec des oncles, mais j’ai ensuite décidé de faire la vie… J’ai connu beaucoup d’hommes, je me suis fait avorter plusieurs fois, mais je ne me suis jamais mariée. J’ai deux enfants dont je ne connais pas les pères, mais quelle importance ? Après l’indépendance, je me la suis jouée révolutionnaire (il fallait être complètement folle !) et je suis rentrée dans les FAPLA, mais heureusement, j’ai réussi à en sortir… Maintenant je suis une femme d’affaires ! Je vais au Brésil, en Afrique du Sud et en Namibie acheter des fringues pour les revendre à Luanda, et pas seulement là…. »
Chiquinha Septante tâta de nouveau son sac à main, pour s’assurer de la présence du portable qui allait faciliter ses contacts professionnels, y compris internationaux.
Juste pour donner un exemple, le lendemain il faudrait qu’elle appelle son associée Aparecida, à Rio, pour avoir des nouvelles de la commande de slips de femmes (un modèle osé, avec une ouverture érotique en forme de cœur sur le devant, qui, d’après son expérience, aurait sûrement un grand succès auprès de ses clientes) qu’elle lui avait faite au début du mois. L’évocation de cette obligation lui fit, par l’un de ces mystères insolubles de l’esprit humain, se souvenir de la mulâtresse de Uíge, et la pensée qu’elle lui destina ne pouvait être plus scabreuse : « Cette ringarde de merde ne doit même pas porter de culotte ! »
Le taxi s’approchait de l’endroit où elle devait descendre. S’étant aperçue que l’albinos allait également descendre là, elle ne put s’empêcher d’éprouver une légère appréhension ; mais une manœuvre risquée du chauffeur, qui dépassa deux files de voitures pour braquer aussitôt vers la droite en accélérant résolument, pendant qu’à l’intérieur l’étudiante aux cheveux défrisés et à la brousse agressive poussait des cris hystériques, la fit se dissiper rapidement, encore que, comme on le verra, pour un bref instant seulement. En effet, après s’être souvenue que lorsqu’elle était partie de chez elle, ses enfants dormaient encore, et avoir donc décidé de leur téléphoner pour voir si tout allait bien, elle constata que son portable avait disparu, et l’albinos lui revint à l’esprit.
- Aiué ! Aiué ! Mon portable ! Qui m’a volé mon portable ? On m’a volé mon portable !… Hé, chauffeur, arrêtez ! Arrêtez cette putain de bagnole, merde !

João Melo, Serial Killer, Caminho, Outras margens, 2004

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