l’embuscade
Méditation des arbres (http://anomalias.weblog.com)
Sur les bas-côtés, des voitures aux roues en l’air, criblées de balles ou carbonisées, n’étaient pas à proprement parler le meilleur paysage pour susciter le courage de ceux qui s’aventuraient par là, même en groupe et sous protection armée. Mais comme, en dépit de tout, ils étaient encore plus têtus que peureux, ils avaient décidé de partir quand même, parce que la vie ne pouvait s’arrêter. Et, s’ils parvenaient à être les premiers à vaincre le parcours menaçant, leurs curriculums de braves et de vaillants, de même que leurs affaires, en seraient substantiellement enrichis. Le premier camion à s’envoler ne fut pas le premier, mais le troisième, par une imprudence quelconque que jusqu’à aujourd’hui personne ne s’est donné la peine d’analyser. Dans le rétroviseur, le chauffeur de tête vit les dizaines de personnes de tous les âges qui s’y entassaient (plus les paniers, les sacs, les ballots, les cartons, les paquets, les animaux d’élevage ou de simple compagnie) voler dans tous les sens dans un tonnerre de fumée et de feu, quelques-uns restant grotesquement suspendus aux branches des arbres qui bordaient l’un des côtés de la route. Il ne savait pas encore s’il devait s’arrêter ou continuer, lorsque du maquis voisin des dizaines d’armes automatiques lui aboyèrent la certitude qu’il n’y aurait pas de survivants. Il accéléra donc, fuyant en avant. Une seule balle troua la tôle fragile de sa cabine, lui transperçant la poitrine. Avec lui sur le point de mourir à tout instant, le camion dépourvu de guide fut détourné vers une berge qu’il descendit. Plus il allait vite, plus le volant s’approchait lentement, lui abritant la tête avec un soin tout maternel. A une distance de mille brouillards les arbres se profilèrent tous, compréhensifs, attendant le choc, connaissant les futures racines et les futurs troncs que nous serons tous un jour, nous aussi.
José Mena Abrantes (Angola), Caminhos des-encantados, Caminho, 2000



la vague
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c'est comme ces adieux lancés sur la route bitumée d'étoiles, vers laquelle on s'avance mélancoliquement humble avec dans les pensées cette paisible nonchalance qui illumine parfois nos visages, ' le cur du temps' vient caresser tes sens que c'en
est magistral, puis soudain il y a dans l'air atone des passages aphones que j'emprunte en apnée les doigts crispés sur le fil d'ariane tressé d'anémones, là dans les profondeurs abyssales des chants cétacés ma vague déferlante vient fracasser ton corps d'épousée.
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