Lusopholie

Lettres, poésie et musique lusophones

Excès d’imagination

Classé dans : - époque contemporaine,littérature et culture — 26 février, 2011 @ 8:00

Excès d'imagination dans - époque contemporaine dimite10 

 Parque das Merendas, Photographie Dimíter Ánguelov

- Je vois un visage, une bague, une rayure sur le capot  de la voiture et je transforme ça aussitôt en histoire. Jusqu’à un simple point final. Un excès d’imagination qui ne me laisse pas de repos.
- C’est de la folie, dis-je. L’imagination ne fait jamais d’excès. Même pas chez les fous.
- Et la folie ? Ce n’est pas un excès ?
- Les fous n’inventent pas d’histoires. Ou, s’ils en inventent, ils ne le savent pas. Pour eux tout est réel.
- Pour moi tout est fiction. Même la poésie. La musique aussi. Même cette conversation que nous avons me paraît être une histoire. Regardez cet arbre. Ce n’est pas un pommier, et il n’est pas en fleur. N’imaginez pas que vous voyez ce dont je suis en train de parler. Mais moi, quand j’observe une seule fleur de pommier, ça me rappelle toutes les fleurs de tous les pommiers possibles. Et je vais plus loin. Je me souviens de tous les gens qui ont vu des fleurs de pommier. Je sais pourtant qu’aucun de ces pommiers n’est réel. Il n’y a que les fleurs. Ou, si vous voulez, les sentiments…
- Oubliez votre enfance… on ne peut pas retrouver l’enfance. Ni les pommiers. Ni les noyers. Pensez à la vieillesse !
- Si j’oublie mon enfance, j’oublie tout. Tout est lié.
- Otez-vous cette idée de la tête. Vous n’avez qu’une seule possibilité : atteindre la vieillesse. Jamais l’enfance. C’est pour ça que les gens disent : « il est mort de vieillesse » et jamais « il est mort de jeunesse ». Retrouvez cette possibilité. Je répète : faites une croix sur votre enfance. Une grande. Vous avez besoin de temps pour vieillir ! N’oubliez pas.
- Où vais-je trouver une telle croix ? demanda-t-il, s’adressant à quelqu’un d’invisible mais d’omniprésent.
Je l’ai laissé appuyé au dossier d’un banc la tête levée, en train de regarder les arbres. Des arbres aux frondaisons immenses qui dissimulaient d’innombrables croix, mais aucune de la taille de celle qu’il recherchait.

Dimíter Ánguelov, Furacão no labirinto, Europa-América, 1996

6 commentaires »

  1. Noah Norman dit :

    Merci Lusina, je ne m’en lasse pas de ce D. Anguelov ! La photo est déroutante…comme lui :-)

    Bien à toi

    Nono

  2. lusina dit :

    Oui, d’ailleurs je pense bien qu’il est atteint, lui aussi, d’un excès d’imagination ! :-)

  3. Noah Norman dit :

    Tout le monde est atteint….plus ou moins :-) Mais lui, il a du génie ! Ha ! :-)

  4. lusina dit :

    C’est vrai ! :-)

  5. ~Bonsai~ dit :

    Bonjour lusina…

    Juste un petit coucou en passant et je ne suis pas un robot ;-)

    J’aime bien ta musique à l’accueil…

    Bonne journée
    ~Bonsai~

  6. lusina dit :

    Merci, Bonsai ! Bonne journée à toi aussi.

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