Tentation

Gustave Courbet, La somnambule
- Vous voulez voir, monsieur Emanuel ? demanda Laurinda, en sortant la photographie d’un sac en plastique. C’est cette mauvaise, vous voyez ? Alors, dites-moi : est-ce qu’elle a l’air d’une somnambule ?
- Ah, fit Emanuel en regardant la photographie. C’est bien ce que je pensais. C’est La Somnambule de Courbet. Regardez, c’est écrit ici, Laurinda, dit-il pointant son doigt sur le coin inférieur gauche. G. Courbet. Ça se lit bien, la photographie est super-nette. Le G, c’est pour Gustave, en portugais Gustavo, vous comprenez ?
- Bon. C’est en rouge, monsieur Emanuel ! Remarquez bien que c’est en rouge que c’est écrit.
- Et alors ? demanda Emanuel, étonné, en regardant Laurinda. Il signait souvent en rouge.
- Encore mieux, monsieur Emanuel. Il n’y a que celui dont on ne dit pas le nom qui écrit en rouge… le Démon, voilà ! ajouta Laurinda, contrariée. Et ce qu’il fait, c’est tenter de nous détourner de la voie de Dieu. Il nous pousse à avoir peur pour nous tenter, je ne sais pas si je me fais bien comprendre.
Ana Nobre de Gusmão, Aves do Paraíso, Asa, 1997


la vague
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c'est comme ces adieux lancés sur la route bitumée d'étoiles, vers laquelle on s'avance mélancoliquement humble avec dans les pensées cette paisible nonchalance qui illumine parfois nos visages, ' le cur du temps' vient caresser tes sens que c'en
est magistral, puis soudain il y a dans l'air atone des passages aphones que j'emprunte en apnée les doigts crispés sur le fil d'ariane tressé d'anémones, là dans les profondeurs abyssales des chants cétacés ma vague déferlante vient fracasser ton corps d'épousée.
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