Lusopholie

Lettres, poésie et musique lusophones

la princesse et le troubadour

Classé dans : - moyen âge/ XVIème siècle,littérature et culture — 21 mars, 2011 @ 7:22

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Dinorah, fille d’Agar, était une des plus belles Mauresques de tout l’Algarve musulman ; elle vivait dans un magnifique palais aux milles colonnes fines de marbre rose et aux persiennes ajourées, entourée de coussins de soie colorée et douce comme un vol d’ailes de colombe. Pour enchanter ses yeux noirs, on avait planté des jardins merveilleux, où dansaient des fleurs exotiques venues du monde entier. Des ruisseaux transparents cascadaient de pierre en pierre dans un murmure d’incessante musique.
Et, malgré tout cela, Dinorah pleurait. Comme si une infinie tristesse, inexplicable, s’était installée dans son coeur. Dinorah pleurait d’être enfermée derrière les filigranes des persiennes, de ne jouir de tant de beauté que dans le cadre de ses jardins enchanteurs. Dinorah pleurait enfin sa solitude irrémédiable, pleurait de tout son coeur d’aimer sans avoir personne à aimer. C’est pour cela que ses yeux noirs, noirs comme un ciel sans clair de lune, étaient si tristes.
Une après-midi de printemps, alors que les amandiers commençaient à fleurir, Dinorah était à son balcon, promenant ses tristes yeux noirs sur l’éveil de la nature, lorsque vint à passer un troubadour qui, voyant tant de mélancolie, lui demanda, en chantant, ce qu’il pouvait faire pour la rendre plus gaie. Et Dinorah répondit :
- Ah, troubadour, troubadour ! Si tu veux m’aider, donne-moi un voile pour me marier…

En entendant ces mots le cavalier partit au galop et Dinorah resta là, à pleurer.
Mais les Maures et les Chrétiens ne doivent pas se parler, et ce bref instant déplut à Allah. Il décida, sur l’heure, de punir ces deux-là.
Arriva la nuit douce, qui couvrit de son manteau couleur des yeux de Dinorah toutes les choses de la terre. A cette même heure, une voix très douce, emplie d’une tendresse inconnue, se fit entendre au son d’un luth, chantant des chansons anciennes. Et cette nuit-là Dinorah dormit tranquille et apaisée, parce qu’elle savait qu’elle n’était plus seule désormais.
Le matin, à son réveil, les yeux noirs de la Mauresque brillaient enfin comme si cette nuit-là le clair de lune était pour la première fois passé dans son regard. Et lorsqu’elle arriva à la fenêtre, elle vit le signe du bras infatigable du troubadour de la nuit, et, tout autour d’eux, tombaient des pétales blancs de mariage.
Elle étendit, elle aussi, le bras pour remercier d’un geste, mais, par ce geste, elle se vit transformée en fontaine, et son troubadour se changea en lac.
Depuis ce temps-là, ils coulent ensemble vers la mer, et tous les ans, au printemps, Allah leur envoie les fleurs d’amandiers pour qu’ils puissent se marier.

Fernando Frazão, Lendas do Algarve

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2 commentaires »

  1. gmc dit :

    LAIT D’AMANDE DOUCE

    Un lac aux ailes d’argent
    Une fontaine aux mains de velours
    Et des fleurs d’arc-en-ciel
    Pour parfumer la mer
    Dans un torrent de douceur
    D’un cil à l’autre
    Les merveilles d’un regard
    De l’aubade à l’étreinte
    Dans l’ultime caresse
    De la soie et du vent

  2. lusina dit :

    Très joli, merci ! :-)

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