Lusopholie

Lettres, poésie et musique lusophones

Sagesse

Classé dans : - moyen âge/ XVIème siècle,littérature et culture — 8 juin, 2011 @ 8:38

 

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*

Mais Alataba éprouvait une très grande honte, parce que ce qui lui arrivait était mal et laid, et aussi parce qu’elle le lui avait caché, alors qu’elle était sa grande amie. Aussi, très peinée, elle lui conta tout de ce qui se passait avec le roi, sans rien lui cacher. Et, après lui avoir tout dit, elle la pria de lui conseiller un moyen de sortir de cette grande affliction.
Car en vérité, amie, lui dit Alataba, mon malheur est si grand que je m’étonne de ne pas être déjà morte depuis longtemps.
Et, lorsque Alquifa entendit tout ce que contait Alataba de son épreuve et de son chagrin, elle eut tant de peine en son cœur qu’il lui semblait qu’il voulait se briser. Et elle lui dit alors :
Certainement, mon amie, je te dis que, si telle chose m’arrivait, pour tout l’or du monde rien ne m’empêcherait de le dire à un homme en qui j’aie confiance, et dont je saurais qu’il compatirait à mon malheur.
Et Alataba répondit à ces paroles en disant :
Si ceux qui avaient connaissance de ce fait le jugeaient exactement comme il s’est passé, je n’aurais pas à craindre de le faire savoir à mon père. Mais je sais bien que mon père est homme de bon sens ; et je vois bien que tous les hommes sages tiennent la plupart des femmes pour mauvaises. C’est pourquoi je n’ose le faire dire à mon père, car j’ai peur qu’il ne me croie pas et qu’il ne pense que je l’ai fait de mon plein gré, et qu’il ne m’abandonne à mon sort.
Et Alquifa lui dit :
Mon amie, ce que tu dis ne vaut pas. Et je vais te dire pourquoi. Il est certain que, si tu nies et que tu veux continuer de cette manière, il n’est pas possible que tu ne tombes pas enceinte; et quand tu seras enceinte, tu ne pourras plus cacher ce qui se passe. Or, tu sais bien que la reine te fait autant d’honneur que si tu étais sa fille ; aussitôt qu’elle le saurait, tu peux être sûre qu’elle te considèrerait comme une mauvaise fille ; et, si cela se produisait, la mort te serait mille fois plus douce que la vie. Je veux que tu apprennes de moi, selon ce que je vois, que même si tu te tais, la vérité sera connue pour ton grand dommage et ta grande honte. Alors que, si tu le dis de façon sensée à qui tu juges qu’il est bon de le dire, tu ne pourras jamais être considérée comme coupable. Moi, en cette affaire, je ne vois pas de solution plus sage ni de meilleur conseil que de le faire savoir à ton père, au plus vite, avant que personne d’autre ne le sache.

Crónica Geral de Espanha de 1344

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2 commentaires »

  1. souvenirs19 dit :

    Parler ou se taire ?
    La parole libère-t-elle vraiment ?
    Bonne soirée
    Cordialement

    Dernière publication sur Je me SOUVIENS... : FRERES ennemis etc...

  2. lusina dit :

    Bonne journée à toi, et merci ! Parler ou se taire, en effet… C’est toujours d’actualité !

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