Lusopholie

Lettres, poésie et musique lusophones

Archive pour la catégorie 'littérature et culture'

autre malchance

Posté : 14 mai, 2011 @ 8:22 dans - époque contemporaine, littérature et culture | Pas de commentaires »

airmail.jpg

quelque temps plus tard ma mère, dans le silence où mon père l’a toujours laissée, a reçu une enveloppe de papier très fin, by air, par avion,

ma chère amie, si je te disais que ce pays semble maudit, tant il y a de maladies, tu ne me croirais pas, si je te disais que tous les jours j’ai envie de m’en aller

ma chère amie, ton obligation principale, comme la mienne et celle de toutes les femmes mariées, est d’accompagner ton mari où qu’il aille et tu dois le faire sans te plaindre parce que les difficultés qu’il affronte hors de la maison sont déjà suffisantes

Alice écrivait des lettres mais ma mère et les autres partenaires n’entendaient rien, on ne peut pas entendre un cri qui vient de l’autre côté du monde,

ma chère amie, je ne sais pas ce que je fais ici

ma chère amie, hier encore j’ai croisé tes enfants, comme ils sont devenus beaux garçons

ma chère amie,

personne n’a entendu Alice crier de l’autre côté du monde,

ma chère amie, mon mari a fait venir les garçons pour noël et une fois de plus nous restons ici, je rêve tant de la métropole qu’il me semble avoir deux vies, le jour ce pays maudit et la nuit notre métropole chérie

et pendant ce temps les lettres allaient et venaient, by air, par avion,

ma chère amie, je ne vais pas pouvoir vivre un jour de plus dans ce pays si rouge qu’il ne peut être né que de l’enfer

avec le temps les lettres d’Alice avaient cessé d’être une nouveauté, ma mère et ses partenaires de canasta ne parlaient presque plus d’Alice, de temps en temps quelques phrases, elle est toujours en train de se plaindre, je n’ai jamais connu personne qui se plaigne autant, c’est sûr que ces gens doivent être différents de nous, pas seulement les nègres, les blancs eux-mêmes qui vivent là-bas sont aussi différents de nous, mais de la à se plaindre autant,

Dulce Maria Cardoso, Les anges, Violeta (Os meus sentimentos), Esprit des Péninsules, 2006

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sourire obligatoire

Posté : 11 mai, 2011 @ 7:41 dans - époque contemporaine, littérature et culture | 8 commentaires »

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à l’hypermarché Dora ne tourne jamais le dos, un endroit où elle peut à peine bouger, si un client

attention, ne m’abîmez pas mes oignons

de mauvaise humeur s’énerve, Dora sourit et fait plus attention en attrapant le sac d’oignons origine du pays 2Kg, la station météorologique digitale viseur LCD mémoires pour valeurs maxima et minima réveil date et alarme, la serre-tunnel de jardin 14 tuteurs 7 attaches 2 piquets et 2 cordeaux, le paquet de riz caroline extra-long soigneusement sélectionné, les chariots à roulettes multifonctions en matière résistante montage facile, ma Dora fascinée par la quantité de choses dont les gens sont persuadés d’avoir besoin, par la quantité de gens qui sont propriétaires de choses inutiles, Dora reste toute la journée à la caisse du supermarché

écoutez je n’ai pas pris ma journée pour que vous vous trompiez, vous avez passé deux fois les rouleaux de papier hygiénique

à sourire, personne ne se plaint jamais d’elle, Dora sait qu’elle fait partie de l’image de l’hypermarché, c’est la dernière chose que les clients voient du supermarché comme le leur a expliqué le gestionnaire des ressources humaines, d’où l’importance du sourire, Dora est une bonne employée, la meilleure, même pendant la pause, toilettes, salle de repos, machine à café et à sandwichs sous cellophane, une pause disponible en version 5 ou 10 minutes, c’est une bonne employée, la meilleure,

Dulce Maria Cardoso, Les anges, Violeta (Os meus sentimentos), Esprit des Péninsules, 2006

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sonate sans clair de lune

Posté : 9 mai, 2011 @ 3:17 dans - époque contemporaine, littérature et culture, musique et chansons, Poesie | Pas de commentaires »

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Dans la nuit
J’entends un piano qui joue une sonate
Évoquant l’amour qu’autrefois j’ai perdu
Elle me déchire le cœur, cette chanson,
Et cette douleur qui me tue
Augmente le regret que j’ai de toi
Cette sonate dolente apporte le souvenir si triste
D’une vision qui s’éloigne
Et me fait signe
Tu étais si heureuse que tu n’as pas vu
Que ton adieu me faisait mal
Dans la solitude de la sonate
C’est mon âme qui pleure
Le désespoir de cette nuit
Sans clair de lune.

Vinicius de Carvalho (Brésil)

Kalemba

Posté : 6 mai, 2011 @ 3:02 dans - époque contemporaine, musique et chansons | Pas de commentaires »

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Buraka Som Sistema ( groupe portugais originaire de Amadora, dans la banlieue nord de Lisbonne)

le diable dans la main

Posté : 3 mai, 2011 @ 2:39 dans - époque contemporaine, littérature et culture, musique et chansons, Poesie | 2 commentaires »

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On m’a traité un jour
de gitan, de maltais,
Gamin, tu n’es pas bon
J’ai creusé une tombe
Dans la terre profonde
J’ai fait d’elle
Ma sépulture.
Je suis entré dans une grotte
J’ai tué un triton
Mais j’avais
Le diable dans la main
Il y avait un train
Prêt à partir
Et j’ai vu
Le diable qui tentait
De lui demander l’aumône
Je suis resté tout près
Dans un lit
de peine j’ai dormi
On m’a mis aux fers
On a lâché les chiens
Mais j’avais
le diable dans la main

Retour au pays

Posté : 2 mai, 2011 @ 7:03 dans - époque contemporaine, littérature et culture | 3 commentaires »

estaao.jpg

La gare de Vilar Formosa (www.wrighton.com)

Le voyageur dans le train se souvenait du temps où il était parti, et ce départ avait certes été provoqué par la nécessité mais aussi par la volonté, sans qu’il sache bien distinguer la limite entre les deux. A présent il rentrait, et en observant les maisons qui passaient il sentit la chaleur proche des retrouvailles si longtemps ajournées. Ces maisons qui passaient à l’extérieur de la fenêtre, qui couraient, rapides, en sens inverse, n’étaient pas les siennes, c’est vrai ; mais pas très loin, juste une gare plus loin, il commencerait à voir arriver vers lui d’autres maisons. Et il les reconnaîtrait comme étant celles de sa terre, et il dirait alors quelque chose comme : « Ces maisons sont celles dont je me souviens, ce sont celles que j’ai quittées et où je reviens à présent. »

(more…)

Hommage et actualité…

Posté : 1 mai, 2011 @ 1:30 dans - époque contemporaine, musique et chansons | Pas de commentaires »

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Groupe Chiado, O que faz falta (José Afonso)

Désarroi

Posté : 30 avril, 2011 @ 8:49 dans - époque contemporaine, littérature et culture | Pas de commentaires »

cochonet.gif

Ni la vue sur le fleuve, ni le temps agréable, ni le silence, ne me tiraient de cette solitude animale – je cherchais les vestiges de mon espèce et tout ce que je trouvais m’était étranger ; c’était la preuve évidente que l’espèce en question était pure invention, confusion d’images et d’idées, angoisse canonisée.
Mais cinq ou six degrés plus à gauche mon regard se heurta à une plaque qui avait résisté à la plus prestigieuse des maladies – le temps. Ligue des amis des hôpitaux. Je fis un signe de croix et tirai la sonnette du rez-de-chaussée (c’était plus logique, parce que, normalement, les rez sont plus résistants).
- C’est ici que demeure la santé ?
- Ici demeure et meurt une idée. Elle meurt tous les jours !
- C’est pour cela qu’elle résiste au temps – je voulus renforcer la dialectique des choses temporelles. Et ses amis ?
- La mort n’a pas d’amis !
A la vitesse à laquelle cela ouvrit, parla et tenta de fermer la porte, je n’arrivai pas à voir s’il s’agissait d’une femme, d’un homme, d’un enfant, d’un animal, ou de la mort en personne. Je parvins à lui glisser un prospectus plié que deux Témoins de Jéhovah m’avaient offert de façon inopportune – finalement, c’était quelqu’un, parce qu’il se mit à lire avec un intérêt quelque peu inattendu une annonce banale, une charlatanerie sur l’avenir de la santé, en d’autres termes de la vie, comme si la vie n’avait qu’un avenir, sans fondements dans le passé ou dans le présent. Je frappai légèrement à la porte, pour ne pas lui gâcher le plaisir de sa lecture.
- Je voulais seulement vous dire ceci : lorsque nous atteignons la forme parfaite où nous ne comprenons plus le monde ni notre existence, la solitude nous deviens étrange, étrangère. Si nous pouvions comprendre le monde, la vie deviendrait impossible. Pour ne pas parler de la santé !
- Portez-vous bien ! répondit-il sans lever les yeux.
- Je vais bien ; vous, portez-vous bien.
Il n’y avait pas de doute, le Sale Goret jouissait à fond de l’idée, non, de l’espérance du Salut.

Dimiter Anguelov, Partida incessante, Nova Atica, 2001

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