Lusopholie

Lettres, poésie et musique lusophones

Archive pour la catégorie '- XIXème siècle'

fleur de la mer

Posté : 16 septembre, 2011 @ 7:06 dans - XIXème siècle, littérature et culture | 11 commentaires »

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Toi, tu viens de la mer, du secret,
De l’étrange mer écumeuse et froide
Qui met un filet de rêve au navire
Et le fait balancer dans la vague, inquiet.

Tu as de la mer l’éblouissant affect
Les dormances nerveuses, et le sombre
Visage terrifiant et trouble, sauvage,
Des ondes en ton sinistre et orageux aspect.

En un fond idéal de pourpres et de roses
Tu surgis des eaux mucilagineuses
Comme la lune dans la brume des espaces…

Tu portes en ta chair l’efflorescence des vignes,
Des aurores, de vierges musiques marines,
D’âcres arômes d’algues et de sargasses…

Cruz e Sousa, (Santa Catarina, Brésil) Broqueís, 1893

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Le professeur de latin

Posté : 8 décembre, 2010 @ 7:52 dans - XIXème siècle, littérature et culture | 13 commentaires »

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Júlio Dinis

Et c’était monsieur Bento Pertunhas, personnage important de la région, à l’intelligence et la sollicitude duquel étaient confiées plus d’une charge. Outre le fait qu’il exerçait, de façon intérimaire permanente, comme souvent la fonction d’intérimaire est permanente dans notre pays, le métier qu’il appelait « directeur de la poste », il possédait l’une des chaires de latin et de latinités à l’aide desquelles on cherche au Portugal à fomenter dans les départements ruraux le goût pour les lettres anciennes ; il était aussi régisseur et directeur de la philharmonique du pays, décorateur de l’église les jours de fêtes, répétiteur de « autos » et intermèdes populaires, et, lorsque Dieu le voulait, également auteur de quelques-uns.
[…]
Afin de couper court à la divagation que l’homme avait entreprise au sujet d’un certain voyage à Lisbonne, Henrique lui demanda si le courrier n’était pas encore arrivé.
– Vous savez bien que non, Excellence, répondit monsieur Bento Pertunhas ; mais il ne devrait pas tarder. S’il marchait vite, l’homme qui va chercher la malle en ville pourrait déjà être là. Tous ces gens, que vous voyez à la porte, Excellence, l’attendent. Aujourd’hui, qu’arrivent les lettres du Brésil, tout le monde ne parle que de ça. Ils mettent ma patience à bout. C’est un enfer ! J’occupe ce poste en tant qu’intérimaire, l’employé étant paralytique ; parce que je suis professeur de latin.
- Ah ! … Ne pas pouvoir suivre sa vocation !

- Vous n’avez quand même pas trop à vous plaindre. Cultiver les lettres latines doit vous procurer des satisfactions ; parce qu’enfin, pour qui a la fibre artistique, la lecture des poètes est déjà une consolation contre les aigreurs de la vie.
Maître Pertunhas fixa Henrique, les yeux écarquillés.

(more…)

le navire négrier

Posté : 1 novembre, 2010 @ 9:00 dans - XIXème siècle, littérature et culture, Poesie | 7 commentaires »


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Castro Alves

Chant IV

C’était un songe dantesque… le pont
Baigné de sang
rougissait l’éclat des fanaux…
Tintement des fers… claquement du fouet…
Des légions d’hommes noirs comme la nuit
En une horrible danse !

Des femmes noires, tenant à leur sein
De maigres enfants, à la bouche noire
Arrosée du sang de leur mères…
D’autres, jeunes, nues, épouvantées,
Dans ce tourbillon de spectres entraînées,
Angoisse et douleur vaines !

Et l’orchestre se rit, ironique, strident…
Et de la ronde fantastique, le serpent
Fait de folles spirales…
Si le vieillard halète, s’il glisse sur le sol,
On entend des cris . . . le fouet claque
Et la ronde s’affole…

Rivée aux maillons d’une seule chaîne,
La foule affamée titube
Et pleure, et danse !
L’un délire de rage, un autre perd le sens,
Un autre, que le martyre rend fou,
Chante, gémit et rit !

Le capitaine commande la manoeuvre
Puis, regardant le ciel qui se dédouble,
Si pur sur l’océan,
Au milieu de l’épaisse fumée, dit :
« Claquez du fouet, matelots !
Faites-les danser plus fort ! »

Et l’orchestre se rit, ironique, strident…
Et de la ronde fantastique le serpent
Fait de folles spirales…
Comme en un songe d’enfer les ombres volent !
Cris, soupirs, jurons, et prières résonnent !
Et le Diable est content !

Antônio Frederico de Castro Alves (Bahia) 1847-1871

(Abolition de l’esclavage au Brésil : 13 mai 1888)

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Roses

Posté : 8 octobre, 2010 @ 8:43 dans - XIXème siècle, littérature et culture | Pas de commentaires »

 

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« Certains pleurent de savoir que les roses ont des épines, et d’autres sourient de savoir que les épines ont des roses ! » (Machado de Assis)

Pour les roses, a écrit quelqu’un,
le jardinier est éternel.
Et quelle meilleure façon de blesser l’éternel
que de se rire de ses colères ?

Je passe, tu restes;
mais je n’ai fait que fleurir et parfumer,
servir les dames et les demoiselles, être lettre d’amour,
orner la boutonnière des hommes, ou exhaler mon arôme
sur ma branche, et toutes les mains, tous les yeux m’ont sentie
et traitée avec admiration et affection.

Pas toi, ô éternel ;
tu t’énerves, tu souffres, tu pleures, tu t’affliges !
ton éternité ne vaut pas un seul de mes instants.

Machado de Assis (Rio de Janeiro), 1839-1908

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chanson de l’exil

Posté : 7 décembre, 2009 @ 8:15 dans - XIXème siècle, littérature et culture, Poesie | 6 commentaires »

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chanson de l'exil dans - XIXème siècle my_pic12

Une plage à Rio de Janeiro (photographie d’Isabella)

 

Dans mon pays poussent des palmiers
Où chante le merle à ventre clair ;
Les oiseaux, qui roucoulent ici
Ne roucoulent pas comme là-bas.

Notre ciel contient plus d’étoiles,
Nos prairies ont plus de fleurs,
Dans nos forêts, plus de vie,
Dans notre vie plus d’amour.

Lorsque je pense, tout seul, la nuit,
Je trouve plus de plaisir là-bas;
Dans mon pays poussent des palmiers
Où chante le merle à ventre clair ;

Mon pays contient des beautés,
Que je ne trouve pas ici;
Quand je pense, – tout seul, la nuit -
Je trouve plus de plaisir là-bas;

Dans mon pays poussent des palmiers,
Où chante le merle à ventre clair.
Dieu, je ne veux pas mourir,

Avant de retourner là-bas;

Sans profiter des beautés
Que je ne trouve pas ici;

Avant de revoir les palmiers,

Où chante le merle à ventre clair.

Coimbra – Juillet 1843.

Gonçalves Dias (Brésil) Poesia. São Paulo, Agir, 1969

dias dans littérature et culture

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Les passantes et moi

Posté : 1 décembre, 2009 @ 8:11 dans - XIXème siècle, littérature et culture, Poesie | 6 commentaires »

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Passe une Anglaise,
elle accourt vite,
toute surprise:
What black my God!

Une Espagnole,
qui me voit,
roucoule:
Que alto, Dios mio!

Si elle est française:
Oh, le beau nègre !

En me souriant.

Si elle est portugaise,
Ô Costa Alegre!
Tu as un rhume !

Caetano da Costa Alegre (São Tomé), 1864-1890, Versos.

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La baie de São Tomé

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Cynismes

Posté : 25 octobre, 2009 @ 8:11 dans - XIXème siècle, littérature et culture, Poesie | 2 commentaires »

 

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*

Il faut que je vous parle lugubrement
De mon amour immense et massacré
Avec la lumière et la foi d’un croyant.

Je vais vous exposer mon torse décharné,
Vous appeler ma croix et mon calvaire,
Et être moins qu’un Judas empaillé.

Je vais vous révéler mon intime sanctuaire,
Vous dévoiler la vie, le monde, le plaisir,
Comme un vieux philosophe légendaire.

Je vais montrer, si triste et ténébreux,
Les fonds abyssaux de ma vie,
Et la regarder d’un air si nerveux,

Qu’enfin, elle devra se sentir obligée,
Pleine de douleur, tremblante, hallucinée,
Et qu’elle pleurera des larmes, très touchée !

Et alors, moi, je devrai éclater de rire.

Cesário Verde, O livro de Cesário Verde, édition posthume, 1887

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Jamais plus

Posté : 21 septembre, 2009 @ 7:40 dans - XIXème siècle, littérature et culture, Poesie | 2 commentaires »

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Coucher de soleil sur la Ria de Alvor (José Varela, http://www.al-farrob.com/)

Je ne sais si ton sein fut une île enchantée…
Un paradis de chant,
De parfum, d’amour et de beauté…
Ou un temple en bord de mer… un temple saint
Plein d‘arôme et de lumière !
Je ne sais… quelqu’un connaît-il sa fortune ?

Mais je dormais bercé dans ton sein
Mon âme en repos.
Un soupir… une prière…
Le vent les emporte dans la nuit obscure !
Je rêve ! … un rêve qui oublie !
Mais n’oublie pas son rêve de fortune !

Quel fantôme nous crie – en avant ! en avant !
Oublier ! Oublier ! – ?
Mon coeur refuse!
Ne veut pas… ne peut pas… il lutte en vacillant !
Où il a eu son nid et son amour,
C’est là qu’il doit rester, sombre, incertain,

Il restera, planant dans le ciel vide,
Oiseau éternel de douleur !
- Jamais plus ! Jamais plus !
Que dit l’onde au rivage ? il y a un destin
Triste, brisé, en sa plainte divine,
Et un mystère malheureux dans ces pleurs !

- Jamais plus ! jamais plus !
Et le coeur, que dit-il aux fleurs mortes
De son jardin d’amours ?
Comme l’onde – jamais !
Si je pouvais rêver ? Ah ! je peux toujours
Rêver… si c’est de toi !
Toujours ! toujours à mes côté, image belle…

La nuit est longue… viens parler avec moi !
Etale tes cheveux…
Le ciel de ton Italie jamais ne brille
Comme brillent mes rêves, vagues, beaux,
Si tu me parles en rêve, fille !
On t’a emmenée ! c’est la vague des mers !

L’aile de l’aigle ! le vent !
Gémis, captive – pleure, découragée,
Colombe d’amour, regrettant tes foyers !
Ton nid est à présent triste, glacial…
Un lit conjugal !

Plutôt la terre obscure, pauvre esclave,
Où – sous la voûte sombre -
Ton âme étendait ses vols libres…
Et où ton cœur aimait !

 

Antero de Quental (Madère, 18421891) Primaveras Românticas, préf. de Nuno Júdice, ed Colares

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